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Politique

Le projet de société du Dr. Lahlou : Chronique d’une régression 

« J’ai donc “vu” ce fameux débat entre Messieurs Assid et Lahlou. Je dois dire que rarement, pour ne pas dire jamais, une prestation ne m’a paru aussi indigente et passéiste ». Tribune de Youssef Chaoui

Loin de stimuler la pensée, l’échange laisse pantois, donnant le vertige du vide.

Loin de stimuler la pensée, l’échange laisse pantois, donnant le vertige du vide. Nous n’avons pas assisté à un débat, mais à la mise en scène d’une vision afghane de la société, servie par un piètre comédien. 

La Méthode Lahlou : Le Spectacle de l’Inconfort 

Avant même de parler du fond, la forme était une pièce de théâtre à elle seule. D’un côté, Ahmed Assid, les mains libres, dans une décontraction évidente de celui qui est certain de ses arguments, qui n’a pas besoin de mentir ou de s’accrocher à des notes. De l’autre, M. Lahlou, barricadé derrière des piles de papiers, les yeux rivés sur ses documents, griffonnant sans cesse comme pour masquer son inconfort et la pauvreté abyssale de sa pensée. Cette manie de poser constamment des questions à Assid, sans jamais en recevoir, n’était pas une stratégie de débatteur, mais le réflexe d’un étudiant pris en faute, tentant de détourner l’attention. Et que dire de cette façon comique de s’arrêter net à la seconde où il finissait de lire sa ligne ? C’était la gestuelle d’un homme en panique, pas en contrôle.

Un Argumentaire bâti sur le néant 

La méfiance envers le progrès, poussée jusqu’à l’absurde. Sa peur de la modernité atteint des sommets. 

Si la forme était révélatrice, le fond était un naufrage. Analysons deux piliers de sa “pensée”. – Premièrement, la méfiance envers le progrès, poussée jusqu’à l’absurde. Sa peur de la modernité atteint des sommets lorsqu’il nous sert cette analogie confondante : le progrès ne serait pas toujours bon, car, tenez-vous bien, le cancer aussi, c’est une “progression” de cellules. La comparaison est non seulement odieuse, mais elle est surtout d’une bêtise logique spectaculaire. Mettre sur le même plan le progrès social (droits, libertés, sciences), qui vise l’amélioration de la condition humaine, et une pathologie mortelle est une malhonnêteté intellectuelle qui disqualifie son auteur. C’est le genre de “punchline” qui ne peut impressionner que ceux qui ont renoncé à réfléchir. 

Deuxièmement, la sainte trinité de la mauvaise foi : la TESTOSTÉRONE, la discrimination “positive”, et bien sûr, la fameuse ÉTUDE DU MICHIGAN. Premièrement, cette théorie effarante sur la discrimination. Selon Lahlou, “toute discrimination n’est pas négative”, et il prend pour preuve… le congé maternité ! Voilà la hauteur de l’analyse. Utiliser une mesure de protection sociale, essentielle et liée à une condition biologique, pour justifier le reste des discriminations systémiques en faveur des hommes. C’est un détournement logique si grotesque qu’il en devient fascinant. C’est comme justifier de couper les vivres à quelqu’un sous prétexte qu’on lui a offert un verre d’eau la veille. Deuxièmement et c’est son chef-d’œuvre la fameuse ÉTUDE DU MICHIGAN. Et quelle source ! Une université du “diable américain” qui devient soudain la source de vérité pour un argumentaire rétrograde, quelle ironie savoureuse ! Mais de quel genre d’étude parle-t-on au juste ? Apparemment, d’une étude sur le bonheur. Ah, le bonheur ! Cette variable si simple, si stable dans le temps, et si universellement quantifiable, comme chacun sait… Ce sophisme est d’une paresse intellectuelle confondante. Comment peut-on prétendre comparer le sens du mot “heureuse” pour une femme en 1972, dont les horizons étaient souvent limités, et pour une femme en 2008, avec les bouleversements sociaux et culturels qui ont eu lieu entre-temps ? Les attentes, les définitions de l’épanouissement et les conditions de vie n’ont absolument rien à voir. Prétendre mesurer une évolution du “bonheur” sur une base sémantique aussi mouvante n’est pas de la science, c’est de la prestidigitation de bas étage pour justifier une idéologie rétrograde. 

Le ministère de l’Art Halal et de la censure culturelle

On frémit d’admiration devant cette nouvelle discipline qu’il invente : la critique d’art certifiée Sharia. 

Passons à la culture. Le Dr. Lahlou s’interroge gravement : existe-t-il un art “halal” et un art “haram” ? On frémit d’admiration devant cette nouvelle discipline qu’il invente : la critique d’art certifiée Sharia. Le sarcasme mis à part, cet argument est d’une condescendance affligeante. Il sous-entend que le public est un enfant incapable de discernement. Au lieu de promouvoir l’esprit critique, il prône une censure paternaliste. Vouloir ranger l’art, domaine de liberté par excellence, dans des cases “halal/haram”, c’est vouloir mettre l’océan en bouteille. *Modernité, “Diktat” et… Testostérone ?* Le sommet de sa rhétorique est atteint avec son rejet de la modernité, présentée comme un “diktat”. Cette posture révèle une nostalgie profonde pour un passé fantasmé, un refuge contre la complexité du présent. Alors que le débat mondial porte sur l’intelligence artificielle et ses défis pour l’humanité, la pensée du Dr. Lahlou opère une fuite en arrière. Elle se caractérise par une simplification outrancière du réel, réduisant les dynamiques sociales complexes à des explications indigentes :et une obsession pour la “testostérone”, mot qu’il martèlera plusieurs fois, comme si ce seul terme pouvait expliquer les soubresauts du monde. 

Le Dilemme d’Assid : Comment Débattre avec un Clown ? 

Le contraste avec un Assid sûr de lui était une métaphore parfaite des deux Maroc possibles : l’un, crispé, lisant un passé réinventé sur des notes pleines de peur. 

Il convient cependant de s’attarder sur la posture d’Ahmed Assid. Face à la vacuité des propos de son adversaire, il a choisi l’arme la plus facile et la moins efficace : le mépris. Ce ricanement constant, cette posture de supériorité intellectuelle, fut une erreur stratégique majeure, surtout quand on sait que les Marocains détestent cette attitude qu’ils subissent au quotidien. Si l’on peut expliquer cette réaction — c’était un fusible qui a sauté, la réaction instinctive et profondément humaine de la logique face à l’absurde — on ne peut pour autant la cautionner. *En conclusion*, ce débat a exposé un homme, Talal Lahlou, dont la vision de société est terrifiante de régression. Sa performance, entre ses papiers tremblants et ses arguments fallacieux, était celle d’un clown mais un clown triste, engagé pour défendre un projet indéfendable. Le contraste avec un Assid sûr de lui était une métaphore parfaite des deux Maroc possibles : l’un, crispé, lisant un passé réinventé sur des notes pleines de peur ; l’autre, debout, prônant avec confiance un avenir de liberté.

Disclaimer : Les avis exprimés dans la rubrique « Tribune » ne représentent pas nécessairement les opinions du média ENASS.ma

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